3027 poules ont été sauvées

Au début du mois de septembre, nous réalisions le deuxième sauvetage de poules pondeuses de notre histoire, nous permettant de sauver 3027 individus initialement destinés à l’abattoir. Quelques semaines plus tard, c’est l’occasion de revenir en détail sur ce sauvetage, de ces préparatifs à son heureuse conclusion.

UNE RELATION DE CONFIANCE

En 2018 déjà, un éleveur du Nord de l’Ardèche entrait en contact avec notre association pour nous demander de l’aider à replacer 1000 poules pondeuses avant qu’elles ne partent à l’abattoir 15 jours plus tard. En urgence, nous arrivons à monter l’opération et à trouver plusieurs centaines d’adoptants. Finalement, 1001 poules sont sauvées et trouvent une nouvelle famille. Le sauvetage s’étant très bien déroulé, l’éleveur reste en contact avec nous et vient même expliquer sa démarche dans une émission radio enregistrée au refuge. Nous prenons le temps d’anticiper et de préparer l’opération 2019 avec lui. La production d’œufs exige en effet une rentabilité qui n’est plus suffisante quand les poules dépassent un certain âge : 18 mois dans cet élevage bio plein air. Une fois sous ce seuil, l’alimentation et les soins coûtent plus chers que ce que rapporte la vente des œufs. De plus, après plus d’un an dans le même bâtiment, il est nécessaire de procéder à un vide sanitaire et à une nettoyage intégral pour éviter les épidémies et les parasitoses. Mais cet éleveur n’a pas choisi ce métier pour tuer ses animaux, et il fait tout pour trouver des alternatives. Cette année, son but est de n’envoyer aucun animal à l’abattoir : il faut donc trouver une solution pour replacer 6000 poules. Heureusement, il a déjà réussi à en vendre une partie à des particuliers grâce au bouche à oreille et à des annonces en ligne. Mais ses réseaux ne suffisent plus. Et c’est là que nous intervenons.

3000 POULES

Forts de notre expérience du sauvetage de l’an dernier, nous améliorons notre procédure d’adoption en réalisant un formulaire en ligne complet qui nous permet de trier les demandes et d’informer les futurs adoptants des besoins de ces animaux, en leur donnant de nombreux conseils et recommandations pour bien préparer leur accueil. Comme en 2018, nous maintenons des frais d’adoption (3 euros) par animal. Une obligation pour éloigner les personnes mal intentionnées et les demandes farfelues, et une manière d’amortir le coût d’une telle opération pour notre structure. Cette année, nous décidons également de fournir gratuitement du vermifuge à tous les adoptants pour qu’ils puissent l’administrer à leurs petites protégées une fois rentrés à la maison.

Pour pouvoir distribuer ces 3000 poules à un peu plus de 600 adoptants, nous planifions 15 jours de présence sur le site de l’élevage. 

UN RELAI MEDIATIQUE IMPORTANT

Les médias locaux, régionaux et nationaux ont rapidement relayé l’information. Virgin Radio et Cherie FM en informent leurs auditeurs sur les antennes régionales. Le Dauphiné, 20 Minutes, France 3, BFM, RTL, L’Express rédigent des articles sur leur site internet. France Bleu fait l’effort de faire un reportage complet, en se rendant sur place pour interroger l’éleveur. Ces relais médiatiques nous amènent un grand nombre de demandes d’adoptions. L’objectif des 3000 poules semble atteignable, mais nous auront besoin de beaucoup de bras pour sortir les poules la nuit, et pour les distribuer le jour.

UNE ACTION PORTÉE PAR LES BÉNÉVOLES

Après plus d’un mois de préparation, de réponses aux mails, de coups de téléphone, de gestion des base de données et des formulaires… Les deux semaines sur place ont été très intenses et très prenantes pour nous et pour tous les bénévoles qui ont donné du temps et de l’énergie, parfois plusieurs jours de suite. Sans oublier les bénévoles qui s’occupaient aussi de la gestion des adoptants et des messages en ligne. Les plages horaires étaient très longues, les journées commençaient avant le lever du jour et se terminaient souvent après 23h. Le tout, en parallèle de nos emplois respectifs, et avec souvent plusieurs heures de routes quotidiennes.

Nous tenons à remercier toutes les personnes qui se sont impliquées dans cette opération entièrement bénévole : Alexandra, Anne, Mirabelle, Jean-Claude, Mathieu, Mélanie, Sabrina, Nadine, Tristan, Ambre, Stéphane, Aleyna, Alessandra, Anne, Ginie, Florence, Ghislaine, Véronique, Marie-Dominique, Jean-Marie, Cathy, Magali, Léa, Ahmed, Nathalie, Hervé, Noémie, Valentine, Daniel. Nous espérons n’oublier personne. Sans vous, ce sauvetage n’aurait pas pu avoir lieu. Merci pour votre engagement, votre bonne humeur et votre énergie.

3027 VIES

Finalement, ce sont 3027 poules qui ont été sauvées et adoptées par de nouvelles familles. L’éleveur a réussi son défi cette année : le camion de l’abattoir n’est pas venu. Toutes ses poules y ont échappé. Très loin du cliché de l’éleveur tortionnaire et sans cœur, nous avons été épaulés et aidés par des gens sensibles et prêts à beaucoup de sacrifices pour leurs animaux.

Certains d’entre vous doivent se dire : mais ils n’ont qu’à arrêter de faire ce métier. Puisqu’ils disent aimer leurs animaux ! Les solutions trouvées ne sont que temporaires, et leur activité repose de toute manière sur l’exploitation animale. Certes. Mais c’est pas aussi simple. D’abord ce n’est qu’une fraction de leur modèle agricole, mais une part intégrante puisqu’ils utilisent le fumier produit par les poules pour fertiliser leurs cultures de céréales bio, et une part des recettes de la vente d’œufs leur permet d’investir dans le vin bio, qui demande un fort capital de départ. Et puis surtout, tout le monde n’est pas vegan ! La demande d’œufs existe dans ce pays. Elle est même très forte. Surtout pour les oeufs BIO. Un très bon dossier récent de Basta Mag dénonçait justement la dérive des oeufs BIO dans notre pays. Pour répondre à la demande, les élevages deviennent invivables pour les animaux ; même en bio. Si notre éleveur mettait la clé sous la porte, les magasins mettront de toute façon des œufs en rayon. Ils viendront d’élevages de 12 ou 30 000 poules, sans doute situés plus loin. Cette demande provoquera l’installation d’un nouveau poulailler, ou l’agrandissement d’un autre. Avec sans doute des agriculteurs bien moins concernés par le sort de leurs animaux.

LE CHANGEMENT VIENDRA DU CONSOMMATEUR

C’est la consommation des gens qui doit changer. Soit en acceptant de payer plus cher leurs œufs, pour financer le coût de l’entretien des poules réformées (voir l’exemple de Poule House) ; même si on ignore la viabilité de ce modèle et son application à une forte demande. Soit en n’achetant plus d’œufs du tout. Et ce, soit parce qu’ils ont des poules réformées à la maison, soit parce qu’ils ont adopté un régime végétalien. C’est pourquoi les actions de sensibilisation des consommateurs et de promotions d’alternatives végétales menées par des associations comme L214 nous semblent être les plus efficaces. C’est ce travail de fond, cette patiente pédagogie et la lente évolution qu’elle initie qui permettra de construire un autre rapport aux animaux.

Au contraire, la lutte frontale et agressive envers toute une profession qui n’existe que pour répondre à une demande, nous paraît totalement contre-productive. En le respectant et en dialoguant avec cet éleveur, nous avons ensemble déjà réussi à sauver 4000 individus en deux ans. Pendant ce temps là, d’autres militants d’évertuent à « libérer » illégalement des animaux. Avec quel résultat ? Déjà un nombre d’individus sauvés très dérisoire (exemple d’action revendiquée par des antispésictes). Mais surtout avec un manque total de sérieux, de logique et de bon sens, allant parfois jusqu’à mettre en jeu la vie de centaines voire de milliers d’individus. Entrer dans un bâtiment d’élevage demande une désinfection et une procédure sanitaire stricte, au risque de contaminer tous les animaux qui y vivent. Ces mesures ne sont pas respectées par ces militants qui pénètrent illégalement ces lieux. Ces personnes connaissent en fait très peu les animaux qu’ils prétendent défendre. Ainsi, lors d’une de leurs opérations, ils ont fait paniquer les milliers de dindes qui vivaient dans le bâtiment qu’ils ont pénétré, conduisant à la mort de 1 500 d’entre-elles par étouffement (source).

Pire, certains vont jusqu’à ouvrir les portes et jeter à l’extérieur des animaux tétanisés (source). Condamnant évidemment à une mort atroce des individus paniqués, perdus, inadaptés à la vie dans la nature, incapables de se nourrir ou de rechercher un point d’eau, incapables de se protéger des prédateurs. Ce genre d’action est une honte pour la cause animale toute entière. Ou quand la vie d’animaux est sacrifiée sur l’autel d’une idéologie et d’un combat que certains veulent ériger en lutte sociale et politique.

Posons-nous la question : combien de poules aurions-nous sauvées en rentrant par effraction dans l’élevage ? Ou en bloquant l’abattoir auquel elles étaient destinées ? Sans doute pas plus d’une dizaine. Mais nous serions passés pour des héros aux yeux de certains, récoltant des milliers de likes sur les réseaux sociaux. La question de l’efficacité à court, moyen et long-terme de nos actions doit être très sérieusement posée. On ne peut plus se contenter de postures et de slogans.

BILAN DE L’OPÉRATION

Encore une fois, même si elle est très prenante (voire épuisante), cette opération est positive pour les finances de notre structure, ce qui nous permettra de mener à bien d’autres sauvetages, beaucoup plus coûteux. Ce sauvetage montre également que par des procédures entièrement légales, il est possible de sauver des milliers d’animaux promis à l’abattoir.

Mais en plus, en organisant cette action, et grâce aux nombreux relais médiatiques obtenus, énormément de personnes ont été sensibilisées au sort des poules pondeuses. L’immense majorité des adoptants venant chercher leurs poules nous ont dit découvrir qu’on abattait ces animaux aussi jeunes pour des raisons économiques. Il y a fort à parier que les auditeurs de ces radios ou les lecteurs de ces sites d’informations aient appris qu’on tuait les poules, mêmes bio, à 18 mois seulement.

Un secret qui été encore bien gardé il y a quelques années, et que le grand public ne connaissait pas. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes savent quel est le prix des oeufs qu’ils achètent. Si notre opération a aussi permis d’avoir un impact sur cela, nous en sommes heureux. Il est majeur que les gens soient conscients de tous les coûts qu’impliquent leur consommation, tant sur le plan écologique que sur le plan éthique.

Nous tenons à remercier une nouvelle fois l’éleveur et sa famille pour leur geste et leur aide si précieuse.
Merci à tous les bénévoles. Merci aussi aux co-voitureurs et aux donateurs. 

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