Non, bruler un abattoir ne fera pas avancer notre cause !

Incendie abattoir

En tant qu’association engagée dans la cause animale, notre structure estime avoir le devoir de prendre clairement position sur les tensions récentes et le contexte de violence qui commence à s’installer dans notre mouvement.

Ces derniers mois, plus d’une quinzaine de boutiques (boucherie, poissonneries, fromagerie…) ont été vandalisées. Des personnes agressent verbalement les clients de marchés, de magasins ou de restaurants. D’autres font le tour des plateaux télés pour parler de guerre ouverte avec les bouchers ou de lutte face à ce qu’ils désignent sous le terme « d’oppresseurs spécistes ». D’autres encore affichent des portraits de professionnels du secteur en les traitant d’assassins devant leurs propres locaux. C’est dans ce contexte extrêmement tendu, qu’un incendie criminel a entièrement détruit un abattoir de l’Ain cette nuit.

Si pour le moment cet acte criminel n’a pas été revendiqué, et que l’enquête de police débute seulement, tout laisse présumer une implication de ceux qui se revendiquent être des antispécistes révoltés, mais que les médias et le grand public appelleront véganes.

Nous ne cautionnons en aucun cas ces actes violents et cette manière de militer pour la cause animale. La violence n’entraine que la violence. Elle sera répressive tout d’abord, sur ces militants qui ne pourront plus défendre les animaux une fois placés derrière les barreaux. Mais aussi préventive, avec un renforcement de la sécurité autour des sites sensibles, des aides pour le secteur débloquées par l’État et des jurisprudences de plus en plus sévères.Sans parler du débat public, qui, s’il était très positif envers l’animalisme ces dernières années ; devient de plus en plus catastrophique pour notre cause. Tout cela correspond en tout point avec ce qui s’est passé autour de l’ALF au Royaume-Uni il y a quelques décennies. Il serait judicieux de ne pas reproduire les mêmes erreurs en France.

Nous pensons que ce n’est pas un moyen de faire avancer notre mouvement. Pire, nous sommes certains que les minces avancées obtenues vont être perdues et que notre cause va reculer des années en arrière en conséquence à tout cela. Les végétariens et des véganes n’ont jamais été aussi détestés que ces derniers mois, les actions intolérantes et illégales de quelques-uns faisant planer le doute sur l’ensemble des défenseurs des animaux. Il n’est plus possible d’avoir de débat basé sur la raison et les arguments éthiques, dans une opposition aussi idéologique et intolérante.

Nous comprenons l’empressement et l’impatience de certains militants qui s’agacent sans doute de voir que les choses prennent du temps. Mais cela ne peut en aucun cas justifier ce type d’actions qui ne répondent absolument pas aux besoins de pédagogie, d’alternatives et de respect que ce changement de société impose.

Dans notre association, nous sommes tous les jours au contact avec des éleveurs dont le métier, difficile et ambivalent, en amène beaucoup à se questionner sur leurs pratiques. Et pousse même certains à chercher des solutions à court et à long terme pour ne plus exploiter ni tuer d’animaux. Cette coopération est délicate, car derrière un élevage (comme derrière cet abattoir incendié) il y a des individus, avec des familles à nourrir et des factures à payer. Mais nous avons toujours réussi, par le dialogue et le respect, à sauver, sans aucune contrepartie financière, des animaux chez ces agriculteurs.

Notre action requiert une totale confiance. Nous respectons les éleveurs, même si nous nous opposons sur le rapport que nous entretenons avec les animaux. Ils le comprennent très bien et nous respectent aussi pour cela. C’est à partir de là que nous pouvons leur proposer des solutions, sauver leurs animaux en les plaçant dans notre refuge ou chez des particuliers. Et nous en profitons bien évidemment pour essayer de les accompagner dans le changement de leurs pratiques, voire même dans une reconversion professionnelle.

Toute cette démarche, lente mais efficace, qui nous a déjà permis de sauver plus d’un millier d’individus ; est aujourd’hui menacé par la prise d’otage opérée par certaines associations et certains individus sur la cause animale. Nous avons besoin de rester des gens sérieux et crédibles pour mener nos négociations. La raison et l’éthique sont de notre côté, pourquoi inventer des argument fallacieux, un vocabulaire d’expert et mener des actions illégales ? Nous n’avons pas besoin d’actes violents pour renforcer chez les éleveurs les apriori qu’ils ont déjà sur les défenseurs des animaux. Nous devons plutôt montrer la solidité du modèle alternatif que nous proposons.

Ce qui se passe aujourd’hui est le meilleur moyen de perdre le lien, étroit mais essentiel, qui nous raccorde encore aux gens qui donnent à manger à plus de quatre-vingt dix pour-cent des français, en exerçant un métier existant depuis la domestication du bœuf. Penser que ces gens font cela par méchanceté ou par volonté de « domination spéciste » est une erreur grave et une impasse à éviter à tout prix. Il s’agit d’habitudes, d’éducation, de culture… Que des choses qui prendront du temps avant de se transformer. Cette transformation pourtant bien commencée, il ne faudrait pas tout gâcher par impatience et caprices égocentrés.

Nous espérons sincèrement que le grand public et les professionnels du secteur n’oublieront pas que ces actions sont minoritaires dans la cause animale, et que des associations comme la nôtre les rejettent en bloc. Nous invitons d’ailleurs les autres associations animalistes à prendre aussi clairement position.

Avec de tels amis pour les « défendre », les animaux n’auront bientôt plus besoin d’ennemis.

Emilie et Clément
Présidents de l’association Altervita


Source image : Fabrice Coffrini AFP (article du journal Ouest France)

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