De la laine “végane” ?

Ce n’est un secret pour personne, notre refuge du Mistral accueille 6 brebis et un agneau. Qui dit mouton dit laine. Et cet article a pour but de vous expliquer ce que nous mettons en place au refuge concernant cette problématique. C’est un compromis auquel nous sommes arrivés au bout d’un an, mais il changera sans doute à l’avenir, et nous sommes curieux d’avoir vos retours et vos commentaires pour faire évoluer notre démarche.

Pourquoi tondons-nous nos moutons ?

Parce que c’est une obligation vitale pour l’animal. Les moutons possédant une grande quantité de laine ne peuvent pas supporter des températures supérieures à 25°C. Au delà, leur corps s’épuise à essayer de réguler sa température sans y parvenir, leur organisme se fatigue et déclenche des symptômes pouvant entrainer des complications sévères. De plus, la laine est un matériau feutrant qui se gorge d’eau comme une éponge. Un mouton non tondu depuis plusieurs années sortant sous un orage devra soulever des dizaines de kilos supplémentaires, causés par l’eau emprisonnée dans sa laine. Outre les problème de dos et d’articulations, on a noté des cas de brebis mortes de faim, incapables de se relever à cause de cette masse additionnelle. Retirer la laine permet aussi de localiser et de traiter des blessures, des problèmes cutanés ou de retirer des parasites comme les tiques, invisibles sous la toison. Enfin, tondre l’arrière train permet d’éviter l’accumulation d’excréments à l’intérieur de la laine et donc les risques de maladies associées.

Tonte Boule de Neige

Mais alors comment font les moutons “sauvages” ?

Le mouton est une espèce domestiquée autour du 8e millénaire avant notre aire. Tout d’abord sélectionnées pour leur chair, les lignées l’ont ensuite été pour leur laine. Les ancêtres des moutons actuels n’avaient qu’une fine sous-couche laineuse, et une toison qui tombait naturellement à la fin de l’hiver, quand l’animal se frottait aux rochers ou aux arbres. Mais dans le but de disposer de toison entières, l’homme a sélectionné les individus ne perdant pas leur laine, afin de la récolter lui-même. C’est grâce à ce processus de sélection artificielle qu’on a aboutit à des races plus ou moins laineuses, mais qui ont toutes la particularité de ne pas perdre leur laine. Les moutons sont donc bien différents de leurs cousins les mouflons, qui ôteront aisément leur laine après les mois les plus froids.

Tonte Fanelie

Comment pratiquons-nous la tonte ?

Pour l’instant, nous réalisons cette opération nous-mêmes, aidés par des bénévoles. L’animal est immobilisé sur le dos, ce qui le place dans un état proche de la thanathose, c’est à dire de simulation d’un état de mort apparente. Il s’agit d’une technique de défense utilisée par beaucoup d’animaux se sentant en danger. Ainsi le mouton reste très calme, ce qui nous permet de réaliser la tonte assez rapidement pour le stresser le moins longtemps possible. À l’heure actuelle, nous n’utilisons que les forces, sortes de grands ciseaux destinés à cet usage spécifique. L’avantage et que l’outil n’est pas en contact direct avec la peau et ne fait pas de bruit comme la tondeuse, ce qui a tendance à plus stresser l’animal. Il faut évidemment être très précis et avoir le geste sûr pour ne pas le blesser. Mais les forces permettent de rester à distance de leur peau, et de leur laisser une fine couche de laine, afin de ne pas les mettre totalement à nu.

Forces

Et que fait-on de la laine ?

Selon les brebis, nous nous retrouvons à la fin de la tonte avec 1 ou 3 kg de laine. Jusqu’à 70% de son poids est constitué de graisse. Principalement du suint. La laine est un matériau très intéressant, et maintenant que nous en disposons, il serait un peu idiot de la jeter. Nous lavons donc la laine avec du savon et retirons le plus gros des débris s’y trouvant : brins de paille, de foin, graines… Après deux bons lavages et un rinçage, nous faisons sécher la laine sur des grilles au soleil pendant plusieurs jours en la retournant quotidiennement. La laine sèche et propre sent bon et ne graisse plus les doigts. Ensuite, nous avons imaginé un usage original à cette dernière. Etant donné que la sécrétion de cette laine coûte de l’énergie aux moutons, qui investissent une partie de leurs ressources dans cette production, il nous a semblé logique que les bénéfices de cette matière leurs reviennent directement.

Sacs de laine

Comment cette laine peut être utile aux moutons une fois qu’elle n’est plus sur leur dos ?

Cette laine leur sert à avoir chaud l’hiver. Nous faisons en sorte qu’elle leur serve aussi à avoir frais l’été. Comment ? La laine étant un excellent isolant thermique, nous réalisons l’isolation intérieure de leur abri avec leur laine, petit à petit. En effet les brebis aiment s’allonger dans leur bergerie après leurs repas, même en été. Sauf que le toit de tôle métallique fait rapidement monter la température à l’intérieur. Tellement qu’il fait parfois plus chaud sous l’abri à l’ombre, qu’à l’extérieur au soleil. Les brebis délaissent alors à contre-coeur leur abri pour se mettre sous un arbre, mais pas avec le même confort. Grâce à l’isolation de leur bâtiment, nous pensons pouvoir leur offrir un abri beaucoup plus frais l’été, et leur permettre de s’y reposer même sous les fortes chaleurs. Sur elles, leur laine leur tient chaud l’hiver. Une fois ôtée, elle leur permettra d’être au frais en été. C’est gagnant-gagnant !

Mais ça ne leur fait pas mal ? Les moutons n’ont-ils pas froid après ?

La tonte elle-même est un dur moment à passer ça c’est évident. Mais bien réalisée, cela ne blesse pas l’animal, et doit de toute façon être pratiqué pour sa santé. L’idéal serait de les anesthésier avant de réaliser la tonte, mais avec le coût exorbitant et surtout les risques médicaux que cela entrainerait. C’est donc un acte de contrainte qui fait partie des compromis quand on veut prendre soin de ces animaux. La tonte n’est réalisée qu’au printemps, au début des beaux jours. Les moutons n’ont pas encore trop souffert de la chaleur, et ne subiront plus de nuits froides. Il ne faut évidemment pas négliger le calendrier de la tonte, en se basant sur les prévisions météorologiques. Cette année par exemple, avant la tonte nous avions en moyenne des nuits à 10°C. La première semaine après la tonte, le mercure n’est jamais descendu en dessous de 14°C la nuit. C’était donc probablement le moment idéal pour la réaliser.

Câline après la tonte

 

Voilà ! Nous tenons à remercier Anthony et Nans qui nous ont aidé cette année pour la tonte.

N’hésitez pas à nous donner votre avis sur tout ça, on est curieux de savoir ce que vous en pensez !

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